Interview de Steeve Brudey

Publié le par Lapérouse

Quelle est votre implication dans le projet ?

 

Steeve : Je suis le maître d’œuvre de ce spectacle. C’est metteur en scène mais ça fait plutôt directeur des chantiers parce que c’est plein de choses. On peut dire directeur artistique du spectacle.

 

Qu’est ce qui vous a donné envie de faire ce projet ?

 

C’est d’abord une demande du comité des fêtes des Tonnerres de Brest 2012 qui avait envie qu’il y ait un spectacle qui implique une forte présence de Brestois dans le dispositif. Ce qui est une très bonne idée puisqu’effectivement c’est une fête qui est censée se passer sur le port et il fallait le bon thème, ici l’expédition Lapérouse qui effectivement est partie de Brest.

Ce qui m’a vraiment intéressé c’était leur exigence à eux, le fait de parler à la fois historiquement du départ de l’expédition et de Brest à cette époque là. Deux choses dont on n’a pas vraiment de traces, elles n’ont pas vraiment cohabité puisque l’expédition était secrète. Elle a été décidée par Louis XVI à Paris, des gens sont venus à Brest pour préparer le départ… Et il y a une troisième chose, c’est aussi le fait de vouloir inclure le maximum de Brestois. Du coup, on s’est dit : « génial, on va pouvoir travailler avec pleins de gens encadrés par des professionnels du Théâtre de la Coche », pour faire ce que j’ai appelé au début du projet, une comédie musicale « historique », au sens où l’on fait appel au théâtre évidemment mais aussi à la danse, au chant, à la musique.

J’ai toujours eu ce rapport là à Brest depuis le début. On débarque à Brest, il n’y a pas de traces, pas de vieux murs, ce n’est pas Locronan. Je prends toujours cet exemple parce qu’à Locronan dès qu’on arrive on est tout de suite plongé dans un lieu présent depuis des siècles et que les choses n’ont pas bougé depuis longtemps. A Brest, on est dans la perspective, ce sont de grandes lignes, de grands tracés, le passé est difficile à percevoir, il n’y a que des traces. Ce qui fait la force de Brest c’est le présent et l’avenir ; c’est ce passé dont a plus trop de traces, donc on est obligé de faire un effort pour le retrouver. C’est pour ça qu’à tous niveaux les gens participent, aussi bien les Brestois que les lycéens, pour fabriquer les costumes ou les décors, écrire les scènes, les jouer, les chanter… C’est vraiment ce qui m’a intéressé et c’est ce que j’ai proposé aux Tonnerres de Brest 2012, ça leur a plu, maintenant on est embarqué !

 

Actuellement, à quelle étape du projet en êtes-vous ?

 

Les répétitions ont commencé en novembre, tout est fait sur mesure donc on en est encore à l’écriture. Tout est en cours, à tous niveaux. Là on en est à une phase assez organisationnelle, mais on a toute la distribution, puisqu’on commence à avoir vraiment tous les participants, même s’il manque encore quelques hommes. On commence à avoir les premiers textes, à les travailler. Aujourd’hui durant la répétition, on va demander aux amateurs de travailler leur personnage (son corps, sa façon de se tenir, peut-être de s’exprimer…), de s’imprégner de celui-ci. On commence donc le travail en profondeur sur les personnages et sur la silhouette. Au niveau du jeu on en est là, tandis que les lycées sont en train de réaliser les costumes et les décors. On est dans une phase où l’on amorce les choses en profondeur. Cela va aboutir la veille de la première, donc le 12 juillet 2012.

 

Comment envisagez-vous la suite ?

 

La suite c’est d’essayer de satisfaire, parce que chacun doit avoir quelque chose à défendre, que chaque acteur ait un morceau de texte à un moment. Que cette journée, qu’ils joueront chaque jour pendant six jours dans la fête, soit un vrai moment. Je déteste l’ennui, donc je ne veux surtout le faire partager aux autres, ni au public ni aux acteurs. Donc on cherche ensemble, c’est pour ça que je leur dis « lisez des choses, regarder des films, nourrissez vous, proposez nous des choses pour votre personnage… ». C’est ça aussi la force de cette troupe, ce n’est pas un travail professionnel, les amateurs sont une force de proposition et là on sent bien que c’est surtout une aventure humaine. Artistiquement, on ira le plus loin possible, ça sera réussi, mais on veut aussi aller le plus loin dans cette aventure humaine.

 

Au-delà de vos premières attentes par rapport au projet, qu’est ce que vous avez découvert ?

 

Là pour moi c’est une année particulière. C’est la première fois où je mets vraiment en scène. J’ai ma compagnie ; j’étais comédien-chanteur et je le suis toujours, mais là je passe à la mise en scène. Je viens de mettre en scène un spectacle avec des professionnels, Bérénice. Là je passe à quelque chose d’autre, de plus grand et ça c’est nouveau. J’y apprends beaucoup le calme, la diplomatie, le fait de penser à pleins de paramètres, pas qu’artistiques malheureusement, logistiques aussi, avoir une capacité d’anticipation, fédérer une équipe, la diriger, trouver l’harmonie. C’est surtout à ce niveau-là que j’apprends. Bien sûr artistiquement, il y a un questionnement incessant, mais c’est surtout au niveau de l’organisation, du management que j’ai découvert. Pas de travailler avec des amateurs, en soi, mais surtout la quantité. Au Théâtre de la Coche on fait des ateliers avec des primaires, des collégiens, des lycéens, voire des stages pour des adultes, donc ça on connait. Ici c’est effectivement la situation, le contexte qui est extraordinaire ! Le fait de se dire on travaille pour une date et une durée précises, c'est-à-dire six jours pendant Tonnerres de Brest 2012, qui est un évènement énorme : il y aura beaucoup de monde, c’est en extérieur et c’est inédit. Il nous faut tout faire de A à Z.

Pour nous tous, tout est nouveau, c’est ce qui est génial et qui a aussi ses inconvénients. Il y a une certaine fragilité et c’est ce qui est génial. On rira le 19 juillet, épuisés mais contents ! Moi du coup je n’ai pas peur, je suis content. C’est bien pour ça que j’ai voulu m’entourer. J’aurais pu dire : « je vais faire ça tout seul » mais je sentais bien que ce n’était pas possible et c’était artistiquement inintéressant de tout diriger tout seul.  C’est pareil pour l’organisation, là je me rends compte qu’avoir un directeur musical, une responsable pour le chant, un chorégraphe, un costumier… c’est tout de suite quelque chose de fort pour les amateurs. En tout cas, j’espère qu’on s’enrichira tous, c’est le but que je me suis fixé.

J’espère aussi que les amateurs qui font déjà du théâtre en dehors, par exemple, se disent : « j’ai appris des choses parce que je n’avais pas l’habitude de chanter, là on m’a demandé de chanter, c’était dur mais j’ai pu quand même apprendre ». C’est surtout en ce sens que j’ai exigé que quasiment toutes les scènes touchent à toutes disciplines et que même les comédiens qui n’ont jamais fait un truc en chorégraphie, en chant, puissent le faire et que le danseur qui n’a jamais joué ou chanté amène du texte, du jeu et du chant. Si on arrive à faire de ce spectacle un vrai mélange des disciplines, on aura réussi notre pari !

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Publié dans Interviews

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